Trente plus vingt-six: il avait un visage calme le Guerrier Ottoman, des yeux lumineux de clarté, une épaule à l'angle absolument parfait. C'était le jour ou le reste de sa vie commençait.
Trente plus vingt-deux: mes parents avaient tenu le coup jusqu'à mon mariage. Maman pleurait trop mais qu'importe, elle était là et je tenais sa main dans la mienne. C'est ma soeur Mali qui la remplaça à mes côtés sous la hupa. J'avais 21 ans, 6 mois et 3 jours. J'étais tombée amoureuse du Guerrier Ottoman quelques mois auparavant, le jour ou il m'avait accompagnée à l'aéroport.
J'étais partie: j'avais décidée impulsivement de ne pas retourner en France et de faire ma vie en Israel. Toutes mes affaires étaient restées à Paris. Le jour ou je reçu un avis me signalant qu'un colis de 20 kilos m'attendait à l'aéroport pour être dédouané, je me dis que je n'allai pas traîner 20 kilos toute seule. Sur ma gauche un type de l'oulpan était assis. Alors je me souvins de lui.
Les trois figues: deux mois plus tôt, tout l'oulpan avait fait une promenade au Park Canada et je m'étais blessée en entrant dans une grotte. Plus tard une main se tendit vers moi et dit "c'est pour toi, je les ai ouvertes". Je mangeais les trois figues goulûment. Je me retournai, il avait disparu. Je m'étais souvenue de lui. Je me tournai vers lui dans la salle a manger pour lui demander de m'accompagner le lendemain à la douane.
Résumé: trente ans de vie commune ça ne se résume pas. Les mots me trahiraient. Ils seraient grotesques et communs. Les mots gâcheraient toute la beauté de la lumière et toute la fraîcheur de l'ombre.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008