dimanche 4 mai 2008
Le gibier
Mes amies: j'ai toujours eu des amies. Il semble que je sois d'un caractère sociable. Je me souviens de toutes mes meilleures amies.
Mes meilleures amies: d'abord il y a eu Françoise. Nous étions ensemble à la maternelle pendant 3 ans et aussi pendant le cours primaire et élémentaire.Nous jouions ensemble a l’école mais aussi à la maison. Elle était la seule enfant du quartier chez qui j'allais régulièrement et réciproquement.
la fin de Françoise: Elle était fille unique. Je l'ai perdue de vue quand je suis passée au programme bilingue. Je l'ai revue un jour, huit ans plus tard. Elle était très fine, très belle et je l'ai à peine reconnue à 15 ans. Elle m'a invitée à un week-end communautaire sponsorisé par sa paroisse. Je ne sais pas pourquoi, j'ai accepté. Nous avons passé une journée extraordinaire ensemble le week-end suivant. Nous nous étions retrouvées tout naturellement. Une semaine plus tard elle est morte dans un accident de moto.
Dans ma tête je me repasse un film à l'envers ou je lui dis:
- Non je suis désolée Françoise, je ne peux pas participer à une activité paroissiale. Tu sais bien que je suis juive. Mes parents seraient fous de rage ...
- Ah mais oui , ou avais-je la tête? Alors on se reverra une autre fois d'accord?
- D'accord Françoise , à bientôt.
- A bientôt Nathalie.
Une autre amie d'enfance: elle s'appelait Anne. Elle vivait dans une grande maison, juste en face de l'atelier (une fabrique à vrai dire que dans la famille on appelait "l'atelier"). Dans sa salle à manger s'étalaient des meubles massifs. Dans son salon trônaient des divans de taffetas et des buffets en marqueterie. L'or et l'argent, le cuivre, le bronze étaient partout. Le père d'Anne avait son propre bureau, une bibliothèque ou il se retirait pour fumer le cigare. La cuisine était très grande emménagée d'instruments rutilants et mystérieux. Une fois je vis la bonne sortir du congélateur une moitié d'animal.
- Du gibier, me dit-on.
- Du quoi?
- Ton père ne chasse pas? Me demanda Anne.
Un autre monde: Anne et moi ne vivions pas exactement dans le même monde. Chez moi on mangeait devant la télé, mon père avec les mains pour aller plus vite. Maman aurait tout donner pour vivre au même standing que les parents d'Anne, non pas qu'elle ait été attirée par le luxe et l'argent. Non, elle était attirée tout simplement par la beauté.
La différence: ce qui me fascinait énormément chez mes petites amies, c'était le fait que parfois, un monsieur ou une dame venait les chercher à la fin de la journée, à la maternelle. Françoise et Anne couraient vers cette personne et l'embrassaient. Elles étaient toute contentes. Elles s'en allaient avec la main de cette personne dans leur main. Au début, quand Françoise m'a dit "pépé vient me chercher", je n'ai rien pensé. C'était un peu comme le gibier dans le congélateur. Quelque chose n'était pas net. Je savais bien que je devais avoir l'équivalent, quelque part, dans mon monde. Mais où?
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008
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2 commentaires:
Je ne pense pas que cela t'ait marqué plus que ça! Sur le coup peut-être mais pas toute ta vie.
Bonne soirée.
Il en reste une grande nostalgie et beaucoup de tendresse au travers de tes mots.
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