Au retour de mes vacances d'été je ne retournai pas à l'annexe internationale mais réintégrai bien malgré moi le lycée Jean Giraudoux où j'avais complété ma 8e dans le passé. Ce retour à la ville, dans un établissement assez imposant de par sa taille et ses effectifs, tout cela contribuait à me rendre anxieuse. Somme toute mes deux années à l'annexe ne s'étaient pas trop mal passées même si je m'étais ennuyée et m'étais fait très peu d'amies. Les cours m'avaient intéressée et grâce aux poursuites sadiques de Gilles, je démarrais la cinquième une véritable athlète, un fait que le prof de gym sut tout de suite repérer.Ainsi,au lycée, je me retrouvai immédiatement dans l'équipe de basket et en compétition au niveau départemental en saut en longueur. Dès mon premier saut je me qualifiai pour les compétitions régionales. Ce succès rapide ne me procura aucune satisfaction. Preuve en est que je n'en parlais à personne, peut-être pour ne pas faire ombre à ma sœur qui tenait le rôle de la sportive dans la famille et y était très attachée.
Dès le début de la rentrée scolaire, en septembre 1968, je fis deux rencontres qui allaient façonner ma vie et la changer à jamais. Je rencontrai celle qui serait pour toujours ma meilleure amie et celui qui resterait à jamais mon premier amour. Ces deux rencontres furent éblouissantes, des coups de foudre parallèles, absolus. Au contact de cette double amitié je ne me reconnaissais plus, j'évoluais d'un jour à l'autre transportée par la puissance de ces deux aimants qui se partageaient mon cœur, ma tête, mon existence.
Le jour où il entra dans ma vie ce jeune garçon de 15 ans l'illumina comme un roi soleil. Cette brutale plongée à un bien jeune âge dans le domaine romantique ne m'empêcha pas d'être fascinée en même temps par cette autre enfant, parisienne égarée en province, dont la douceur et l'intelligence ravissaient mon âme.
Ainsi je grandis cette année-là à la vitesse d'une comète.
Je ne prêtais guère attention à mes devoirs, les cours, la classe. J'avais découvert que j'avais un cœur et qu'il savait vibrer. Je jouais mieux au basket, je courais plus vite, je sautais plus loin, je jouais mieux mes partitions de piano. Je ne m'ennuyais plus.
J'avais tant souffert de l'éloignement de ma sœur qui était étudiante à Paris et sans qui, tout simplement, je ne savais pas fonctionner... Finalement, je m'étais découvert une raison de vivre. Que dis-je, j'avais deux raisons de vivre et elles allaient rester à mes côtés, fidèles, immuables dans leur affection, jusqu'à ce que moi-même, de la façon la plus abrupte possible, je décide de m'en éloigner. Mais cela est une autre histoire qui aura lieu près d'une décennie plus tard.
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