Photo Gérard Mery.En troisième, j'étais tellement bien que je ne me souviens de rien. Je ne pensais sincèrement pas qu'il fut possible qu'il en soit autrement. C'est celà qui est épatant à cet âge-là, on s'imagine que le bonheur c'est maintenant alors que tout adulte saura vous dire que le bonheur c'est beaucoup ce qu'on a perdu et surtout ce qui tarde à venir.
Gardée, dominée parfois et toujours soutenue par mes deux anges gardiens, je n'avais même pas remarqué que je devenais une vraie jeune fille. je réalise aujourd'hui que mon ami s'était épris de l'enfant que j'étais, brutale de coeur mais intouchable de part son jeune âge. Comme une petite soeur j'étais le témoin de ses batifolages - il avait tout de même 17 ans à la rentrée 1970 - et de façon curieuse je ne souffrais pas trop de le voir s'amouracher de véritables demoiselles. C'est celà aussi le bonheur, de ne pas savoir haïr et de ne pas nécessairement vouloir être comme les autres.
J'avais de la chance. J'avais été élevée par des gens sans vanité d'une honnêteté surréelle, des gens tellement droits que cela en était ridicule. Mais à l'époque je ne savais pas que c'était une anomalie. Je ne savais pas que l'on pouvait dissimuler ses sentiments, mentir, trahir. Je croyais que la terre entière était honnête, riait quand elle voulait rire, pleurait quand elle voulait pleurer et hurlait quand c'était des hurlements qu'elle avait dans les tripes. Pour résumer: à l'aube de mes 14 ans j'étais très mal préparée à la vraie vie.
En troisième, Catherine et moi ne nous quittions jamais. C'est avec elle et chez elle au côté de sa mère que je complétais mon éducation. Par exemple une des plus surprenante chose se passait chez mon amie et cela m'estomaquait à chaque fois: sa mère lui disait quoi faire.
- Catherine, reviens à 9 heures au plus tard. D'abord tu finis tes devoirs, ensuite tu sors avec tes copines. Catherine tu vas me faire le plaisir de ranger ta chambre un peu mieux que çà. Oui avant de sortir.
- Mais maman, le film commence à ...
- Je m'en fiche ma chérie. Tu ranges d'abord.
J'avais carrément été transportée sur une autre planète. Une telle conversation entre ma mère et moi était impensable. A la maison personne ne me disait jamais quoi faire et c'était à moi, depuis toujours, d'établir mes propres priorités. Je ne sais pas au juste quel facteur avait poussé mes parents à se comporter avec autant de négligence et indifférence, le fait est qu'à part m'habiller (horriblement d'ailleurs et plus pour bien longtemps) et me nourrir (longtemps par l'intermédiaire des bonnes) ma mère n'avait aucune emprise sur moi et n'avait jamais demandé à en avoir. Je l'ai parfois perçue comme mon égale, mais le plus souvent comme une personne avide de mon amour et de mes soins. Quant à mon père j'étais émerveillée par sa présence et je savais qu'il était là pour me protéger: je pouvais compter sur lui ou du moins je voulais compter sur lui.
L'année scolaire se concluait: j'étais encore très bonne élève mais en l'espace de quelques mois tout celà allait changer.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2010
