L'allemand: c'était ma seconde langue étrangère à l'école. J'ai toujours aimé cette langue, construite, solide, logique. Mon père, qui de façon générale ne savait pas dans quelle classe j'étais, ni quel âge j'avais, ne m'aidait jamais bien entendu à préparer mes devoirs. Pourtant quand j'appris l'allemand il montra soudainement un intérêt certain et me fit réviser à longueur de journée. De toute façon c'était pratique. Il était malade à la maison pendant ces années-là et c'était une manière de nous tenir compagnie. C'est ainsi que je finis par parler couramment l'allemand, ce qui s'avéra utile plus tard quand je rencontrais mon oncle Srul en Israel qui parlait seulement le Yiddish, le Polonais et le Russe. Il me répondait en Yiddish. Quand Srul est décédé en 1992, j'ai cessé totalement de parler l'allemand et ne me suis jamais remise du départ de cette langue de ma vie. l'espagnol:cette langue fut inexistante pour moi dans le passé. Je lisais les auteurs et poètes espagnols dans leur traduction française. Je lus dans ma jeunesse tout Garcia Lorca de cette façon, contente de mon sort, sans me poser de questions. Puis, beaucoup plus tard, vers la fin de ma quatrième décennie, une personne s'introduisit dans ma vie. Les bases de nos discussions internautiques étaient politiques et puis un jour, sans avertissement, pour se reposer d'une diatribe plus acerbe encore que d'habitude, nous nous miment à parler poésie et découvrîmes un amour partagé pour Federico Garcia Lorca. Je relus les vers du sombre poète que j'avais presque oubliés, mais cette fois-ci en espagnol. Dans cette langue, le sang coulait plus rouge, la mort s'étalait encore plus noire et la lune, ah la lune, nous observait bien plus verte encore.
le russe: cela fait plusieurs années déjà que je veux apprendre le russe, mais le temps me manque ou l'occasion. Un jour j'apprendrai le russe ... Pour l'instant je me contente de le déchiffrer derrière les épaules de passagers dans l'autobus, sur les panneaux de publicité. Comme une enfant rongée par le désir de tout connaître, je lis obsessivement les pancartes dans les rues, aptercaz, remont, knygie, kino, moda ... et dans ce monde graphique ou les "P" sont des "R", les "H" des "N", les "R" des "G", je suis dans mon élément, je suis chez moi.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008


