Le français: je suis née avec ... papa, maman. Nous parlions français à la maison. Mes parents le parlaient mal, mais le parlaient quand-meme. Ma mère disait un zoiseau au lieu d'un oiseau. Elle avait du mal avec la voyelle "U", comme dans : "Nathalie va chercher de l'eau au pouits". Oui nous avions un pouits, c'était dou temps, qui l'ou crout, ou nous n'avions pas l'eau courante à Preuilly sur Cher. Quant à moi, mon histoire d'amour avec le français est une histoire terrible, parfois douce mais trop souvent sombre et violente. Mes poèmes et mon blog-roman dévoilent et expriment une partie de ce message.L'anglais: Cette langue est entrée tôt dans ma vie, mais je ne sais pas trop quand. Officiellement je l'ai apprise à l'âge de 8 ans. Mais je renifle un mystère quelque part. Je n'ai pas d'accent. Je rêve et pense et jure et aime en anglais. C'est devenue ma langue dominante bien que je compte en français et communique aujourd'hui en anglais en juxtaposé avec l'hébreu et moindrement le français. Une grande partie de mon travail se fait en anglais que ce soit de la traduction, l'écriture d'articles ou celle de demandes de subventions pour l'association qui m'emploie.
Le Yiddish: il a toujours été là, derrière les portes fermées, au delà du pan des rideaux, dans les coins, sous les fenêtres. Mes parents se fâchaient en Yiddish, mais ils se taquinaient aussi dans cette langue et partaient dans de grands fou-rires. J'ai toujours compris le Yiddish, sans même m'en rendre compte et sans que mes parents en soient vraiment conscients. Ils se racontaient leurs petits secrets, à table, sous mon nez; je me gardais bien de leur dire la vérité. Je ne parlais pas le Yiddish à la maison, mais quand j'ai rencontré un cousin en Israel quand j'avais 11 ans, il m'a adressé la parole en Yiddish, je lui ai répondu et nous avons conversé. Cette langue qui fut pour moi secrète, ne l'est plus. Ma petite fille l'acquiert à présent à Jerusalem en tant que langue maternelle, à côté de l'hébreu. Je suis plutôt contente de ce retournement de situation. Parle-je à ma petite fille en Yiddish? Non, en hébreu. Je me fais appeler "savta".
Le polonais: mes parents ne parlaient pas le polonais à la maison. Pourtant quand j'ai voulu à l'âge de 40 ans apprendre cette langue pour mes recherches généalogiques qui me forçaient à lire des documents en polonais, j'ai découvert que les sons de cette langue m'étaient très familiers. Plus tard j'ai compris que durant la première année de ma vie, un de mes cousins qui venait d'arriver de la Pologne communiste, habitait chez moi et ne parlait au départ que le polonais avec mes parents.
L'hébreu: j'ai d'abord appris à lire l'hébreu vers l'âge de 5 ans, puis le français. J'ai toujours su lire l'hébreu et le baragouiner un peu, mais je ne l'ai appris vraiment qu'en 1977 à mon arrivée en Israel. Je parle cette langue depuis plus de 30 ans, je la parle avec mes enfants, au travail, à l'université, à la synagogue. C'est la langue de ma vie de mère, de femme juive, de citoyenne. Parle-je l'hébreu avec mon petit-fils? Non, l'anglais. Je me fais appeler "grandma".
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008
5 commentaires:
Je regrette que mes parents n'aient pas parlé Italien à la maison. Même en étant pensionnaire pendant 6 ans, j'aurais tout de même appris beaucoup plus.
En secondaire, nous ne pouvions qu'apprendre l'Allemand, pendant la guerre, et mon prof nous l'enseignait (lecture et écrit) en runes. Mais à ne plus le pratiquer, je perds énormément.
Tu as eu de la change de pouvoir en apprendre autant de langue. C'est toujours utile !!
Oui Walter, c'est utile. Sauf les jours de grandes fatigues ou tout s'emmele et on parle avec les mains faute de se souvenir des mots.
Nathalie, je te retrouve...
J'ai vécu un peu les même scènes chez mes parents... qui parlaient espagnol entre eux... avec le reste de la famille aussi... moi je comprenais ce qu'ils disaient, mais je ne parlais jamais espagnol.
maintenant je vais à des ateliers pour parler espagnol, et mon vocabulaire est là... c'est extraordinaire !
les langues en dehors du français l'ont été scolairement et très mal apprises...regrets aujourd'hui mais je crains qu'il ne soit trop tard
Entre grandma et savta tu t'y retrouves bien j'ai l'impression.
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