J'ai un peu perdu la spontanéité de mon blog. « Un peu » c'est un peu un euphémisme … J’écrivais ici au mois de janvier 2011. Que d'eaux, que d'eaux passèrent sous tous ces ponts, ceux de la Seine, ceux de la mienne.
Ah je ne vais pas me laisser aller à faire un bilan. Nous ne sommes pas chez le notaire, ni le médecin tout de même. Les bilans cela ne sert qu'à se ficher des crises d’anxiété sous le prétexte que cela veut faire de l’ordre dans les affaires qui justement prêtent à l'incertitude et l’inquiétude: l'argent, la santé …
Aujourd'hui je me sens plus jeune que d'habitude car c'est l'anniversaire de la mort de mon père, le 30e anniversaire. En me souvenant de mon père je n'arrive pas à me sentir une véritable adulte, une dame mure. Je n'ai ni 55 ans. Ni 45 ans, ni 35. J'ai 25 ans à peine, l'âge que j'avais à sa mort. Je suis telle qu'il m'a connue quand nous nous sommes perdus: je suis jeune mariée, je n'ai pas d'enfant encore, j'ai toute la vie devant moi, je me sens légère et désinvolte.
Je ne veux pas parler de toi mais de moi. Parce que tu es en moi et que çà revient au même. Il semble que tout chez moi rappelle maman et que ce serait Lucien et Geneviève qui auraient tout pris chez toi. Est-ce bien la vérité? N'y a t'il pas une comptine qui répète ainsi « est-ce bien la vérité » et qui continue ainsi: « je ne m'en soucie guère ».
Moi je sais que je ressemble au monde intérieur de mon père. Il m'a tout transmis, jour après jour, tout dit sans paroles. Il a tout téléchargé.
Je ne me suis jamais demandée s'il aurait été fier de moi. Cette idée n'existait pas chez nous. J'ai toujours su que mon père m'acceptait comme j’étais, sans rien demander de plus. Il n'avait aucune ambition pour moi. Peut-être qu'il était occupé à d'autres choses importantes qui l’empêchaient d'avoir de l'ambition pour moi. Oui oui çà doit être çà ...
La dernière fois que je l'ai vu, en 1980, il a voulu me dire adieu. Il m'a dit « c'est la dernière fois qu'on se voit ». Si j'avais eu l' âge que j'ai aujourd'hui je l'aurais écouté et nous nous serions séparés après de véritables adieux entre deux personnes qui savaient que c’était fini. Mais à 24 ans je n'ai pas eu le courage d'affronter sa mort, la mort ... Je lui ai promis qu'on se reverrait.
Je lui ai promis mais je n'ai pas tenu ma promesse. Je ne l'ai jamais revu.
Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2011

2 commentaires:
Belles pensées pour ton père. 32 ans pour le mien...Il était un peu comme ton père, et je suis comme lui. Nous ne savons pas montrer ce qu'on ressent, mais je pense que les nôtres le comprennent par notre comportement et même parfois nos silence....
Belle journée chez toi.
Merci Walter. Les personnes silencieuses, de part leur mystere, ont aussi de la presence, comme si leur corps remplacait leurs mots. Heureuse de te voir ici.
Nathalie
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