mercredi 12 mars 2008

Le rhinocéros

Bloquée en blog: les mots ne décollent pas. Ce n'est pas l'inspiration, non pas l'inspiration. J'ai toujours plein d'idées et pensées qui me passent par la tête. Mais je suis bloquée.

Pourquoi? Le plus curieux c'est que lorsqu'on est bloquée, on est aussi bloquée pour expliquer pourquoi on est bloquée. C'est comme ça.

Toute la vérité: quand j'étais petite je restais souvent seule à trafiquer plein de trucs dans ma chambre. Réorganiser mes livres par exemple ou mes bibelots. Cela pouvait prendre des heures entières ... Pourquoi des heures entières? Je vais vous dire toute la vérité. Quand j'étais dans ma chambre au premier étage de l'avenue de Verdun il se passait des choses bizarres: les aiguilles de l'horloge tournaient toutes seules. Je rêvassais un peu et clac on était passé de 5 heures à 8 heures du soir sans que j'aie le souvenir d'avoir fait quoi que ce soit.

C'est pas grave docteur: non c'est pas grave du tout. Les enfants ont le droit d'avoir un monde intérieur ou ils se réfugient souvent. Et les dames qui ont la cinquantaine passée, c'est normal aussi?

Et bien ça dépend ...: dit le docteur.

La solitude: c'est comme le silence. Parfois ça fait du bien et parfois ça hurle. Parfois c'est juste un moment charnière, parfois c'est un gros bout de la vie.

Au commencement
: j'étais très seule, dans un monde à part. Je n'étais nulle part, attachée et rattachée aux gens qui m'étaient nécessaires pour vivre, comme un parasite sur un rhinocéros, partie pour l'aventure de la vie sans avoir d'identité.

Le problème: un jour l'animal arrive au bout de son chemin, s'affaisse et s'écroule. Et là, non seulement on est un parasite, ce dont en soit il n'y a pas à se vanter, mais en plus on est coincé sur une carcasse de rhinocéros. Mais qu'est ce qu'on a l'air bête comme ça, à ne rien faire, à ne rien sucer, à ne rien parasiter. Et on reste coincé, pendant des heures, que dis-je, pendant des années. On imagine dans nos rêves qu'à un moment donné la tête du mastodonte va se retourner et va nous dire: "allez, ma chérie, c'est fini, tu peux t'en aller."

J'ai la nostalgie du temps: ou j'écrivais mon roman. Je l'avais commencé l'année dernière, deux mois a peine après la mort de ma grande soeur. Dans le monde fictionnel de mon écriture, ma soeur n'avait pas survécu la shoah: elle avait été denoncée, deportée et gazée.

Je m'affaire pourtant: à plein de choses, travail, études, volontariat, ma famille , mes amies, mes petits-enfants. Je fonctionne. Oui je fonctionne... Mais parfois je m'arrête et je constate incrédule qu'il n'est plus 5 heures de l'après-midi: il est 8 heures du soir.

Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008

Aucun commentaire: