mardi 2 août 2011

Melodie en sous-sol: rien ne va plus

J’ai besoin de me retrouver un peu. Rien de tel qu’une petite virée au département de radio-oncologie de votre hôpital préféré pour se remettre les idées en place. A priori, il se passe peu de choses. C’est d’ailleurs un peu déroutant, le fait que chaque étape du traitement soit si peu de chose.

Même quand je me suis faite opérée, on m’a dit « quelle chance tu as, cela a été pris à temps, tout va bien se passer ». Mais moi dans mon for extérieur je le sais bien; chez ma sœur aussi cela avait été pris à temps – dommage hein qu’elle ne soit pas là pour nous donner plus de détails.

Donc, l’opération, rien je vous le dis. Tout le monde le dit d’ailleurs, surtout le chirurgien qui lui, ma pauvre dame, lui il sait ce que c’est les cas graves, alors moi, c’était rien. Ce qui est le plus triste, c’est que je joue le jeu. Je le dis à tout le monde comme un perroquet: c’est rien j’vous dis.

Pourtant quand je suis face au miroir, lui il ne s’amuse pas à répéter des fadaises. Il me reflète et il dit : et merde alors, ca fait tout de même 7 centimètres de long ce bazar. Oui, lui dis-je mais c’est 7 centimètres de rien, alors tout va bien.

En radiologie la salle était éblouissante, fluorescente. Il faisait très froid. Vraiment glacé. Je n’étais pas là encore pour les rayons. Juste quelques petites préparations. Par exemple les petits tatouages. Juste un petit point, comme un grain de beauté, me dit-on. Un petit point multiplié par 6 tout de même et ces 6 tatouages sont indélébiles. Heureusement que maman n’est pas en vie pour entendre cà.

Mais j’oubliais, ce n’est rien. Rien n’est rien. A force d’entendre tout le monde me casser les oreilles avec ces « rien », je deviens bébête, je deviens une poupée de bois, une poupée de paille qui dirait « rien rien » automatiquement juste pour qu’on continue à l’aimer.

En conclusion, il faut savoir que les riens des autres n’ont pas pour objectif de me déshumaniser. Le but est au contraire de me rassurer. Et moi je leur dis à tous ceux qui veulent me tranquilliser: laissez-moi décider ce qui est rien et ce qui n’est pas rien. C’est ma maladie, c’est ma chair et c’est ma vie. Quand j’aurai besoin qu’on me rassure je vous ferai signe.



Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2011

3 commentaires:

patriarch a dit…

Tu as raison, c'est à toi de décider. Nous avons une amie d'Eliane dans ce cas. Hier, elle est allée la sortie, avec sa chaise roulante....Pour elle, il n'y a plus rien à faire...

Amitiés.

muse a dit…

Rassurer l'autre, c'est se rassurer aussi...

dina a dit…

Ce sont les autres qui se rassurent avec les "rien" ;) Ils ne cherchent pas à nous rassurer nous. Ils veulent juste préserver leur univers, rester dans leurs dénis. C'est tellement plus confortable, moins destabilisant. Et tant pis si nous restons avec notre "rien". avec nos peurs, nos doutes, ces épées de Damoclès, les souffrances parfois voire souvent. Ce "rien" imposé comme une violence de trop. Néanmoins, entre ceux qui serinent le "rien" et ceux qui veulent à tout prix savoir combien de temps nous donne encore notre toubib et s'imaginent déjà à notre enterrement... j'ai fini par me demander si je ne préférais pas les premiers ;)