mercredi 17 août 2011

Melodie en sous-sol: souvenirs d'ivresse

Premier jour de radiothérapie à l’hôpital. Quand ma petite affaire fut finie David et moi sommes allés au centre commercial adjacent et avons mangé, surtout moi, qui n'avait pas mangé à midi, sans doute un peu nerveuse à l’idée de commencer ma thérapie.

C'est en mangeant mon shwarma, les dents dans ma pita, le palais englué par le houmous, que tout a coup j'ai été attaquée par une flopée de souvenirs datant de l’année 1973. A cette époque également je fréquentais les hôpitaux. En décembre 1972 papa avait été hospitalisé à la clinique Saint-Francois à Châteauroux, puis quelques mois mois plus tard il se trouvait à Cochin, puis à Tenon. Cette période dura 10 mois en tout et pour tout.

Ce dont je me souvenais ce n’était pas l’hôpital où mon père gisait plus ou moins mourant le long des saisons de cette année très lugubre. Non, je me souvenais des cafés et des restaurants à proximité de l’hôpital. Il y en avait une quantité absolument interminable et ma mère et moi y passions nos week-ends face à face entre deux visites dans la chambre de papa.

A cette époque, ma mère et moi vivions ensemble pendant la semaine dans la maison à Châteauroux mais parlions peu. Terrorisée à l’idée que papa puisse mourir, maman se sentait très seule. Moi, c’était pareil. La grande différence entre nous était que maman pleurait énormément et moi pas du tout. C’était comme si tacitement les rôles avaient été partagés entre nous: maman souffrait, moi non.

Dans les cafés des environs de l’hôpital, ma mère et moi finiment par trouver un langage commun. Nous nous regardions souvent les yeux dans les yeux entre deux bouchées et nous nous parlions aussi. Je ne me souviens pas de quoi nous parlions. De papa peut-être qui un jour allait pire, un jour allait mieux. Ces états fluctuants nous plongeaient dans l'angoisse de le perdre, de nous perdre nous-mêmes, puis successivement dans une sorte de délire que rien au monde ne pouvait freiner, tout aussi brutal qu'il était éphémère.

Alors dans notre exaltation nous mangions sans restreinte et longuement. Lorsque le serveur enquêtait de notre si bonne humeur, ma mère et moi rions aux éclats comme de véritables gamines, ivres sans avoir bu, affamées de bonheur, juste un peu de bonheur.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2007-2011

2 commentaires:

patriarch a dit…

des moments qu'on ne peut oublier.

Belle journée.

muse a dit…

Dans les moments les plus durs, le petit bonheur que l'on va trouver est une immense bouée de sauvetage! Je vois que tu sais les trouver, ces bouées, c'est super!