mardi 8 juillet 2008

Mes nourritures d'antan

La réglisse ou à l'origine le bâton de réglisse: c'est à ce jour, le médicament imbattable pour mes petites crises de déprime. A sucer lentement, mâcher consciencieusement ou écraser brutalement entre les mâchoires, la réglisse est le remède à tous les maux surtout ceux du coeur et de l'estomac.

La madeleine au chocolat: pour les souvenirs d'abord, ah ah, qui l'eut cru? Je n'en ai pas mangées depuis des dizaines d'années. A noter: lors de mon prochain séjour en France, acheter des madeleines. Alternative: les faire moi-même. je me suis laissée dire que ce n'était pas compliqué.

Le yaourt à la réglisse: oui je sais, je me répète, mais c'est un incontournable ca le yaourt au réglisse ... La recette s'effectue en trois étapes:
1. Briser le pain de zan en petits morceaux.
2. Prendre un yaourt, y verser le zan en morceaux et bien touiller.
3. Remettre le yaourt dans le frigo et attendre 1h.
4. Il est conseillé de manger en solitaire afin d'éviter les questions stupides du genre "un yaourt à la quoi???".

La vinaigrette sans huile: c'est bien simple. Il suffit de faire une vinaigrette classique au possible, huile, vinaigre, sel et tout le bastringue mais en omettant l'huile. C'est une recette que j'ai expérimentée pendant mes grossesses et qui m'a fait beaucoup de bien. A éviter tout de même si vous avez l'estomac fragile.

La tranche de pain avec 4 carrés de chocolat: distribuée dans la cour de recréation à 10h du matin elle était si populaire que nous nous bousculions pour en recevoir les premiers. D'autres jours plus gris on nous distribuait la tranche de pain avec une innommable pâte de fruit.

Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008

jeudi 5 juin 2008

Les objets

Le ticket du Roissybus, dans mon portefeuille: il date du 15 août 2004. Le matin même j'avais pris le train de Trouville pour Paris. Ma grande soeur m'avait acheté des boucles d'oreille. Elle avait marché toute la distance jusqu'à la ville à coup de petites enjambées pas très solides. Plus tard à la gare Saint Lazare, JC m'avait attendue et devant un café, place de la Madeleine, nous avons bavardé jusqu'à l'heure de ma navette pour l'aéroport. A 17h12 je suis montée dans le bus et le conducteur m'a donné mon billet. JC est resté sur le trottoir à me guetter à travers la vitre jusqu'à ce que le bus démarre.

La petite bougie, dans une petite poche de mon portefeuille: pour mes 51 ans, mes enfants et mon mari m'ont fait une fête dans un restaurant. Un de mes gendres a apporté un gâteau avec des bougies ... qui à ma grande surprise se rallumairent après que je l'ai eu soufflées. J'ai conservé le bout d'une bougie bleue.

Le porte cigarettes en cuir, dans une boite: Il contient le dernier paquet de Gauloises, vide, que mon père a fumé. Il fumait au moins deux paquets par jour, mais quand il tomba malade, il se décida à arrêter tout.

Une pierre noire, dans une boite a bijoux: Je ne me souviens plus ou je l'avais trouvée. Elle est magnifique, harmonieuse, lisse. Elle me rappelle quelqu'un. J'ouvre la boite une fois par an environ et je la touche.

Les mille et une nuits, sur une étagère dans ma chambre: des illustrations somptueuses qui m'ont fait rêver quand j'avais 10 ans, du temps ou j'avais reçu ce livre comme prix d'excellence. Je rêve encore parfois de Sinbad le marin, de la veuve indienne, de la caverne d'Ali Baba, des étalons noirs et de l'amour du sultan.


Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008

mardi 27 mai 2008

Le 24 mai

Le 24 mai: c'est le jour de notre mariage. La hupa est dressée sur la pelouse de la salle à manger au kibboutz. C'était il y à trente ans.

Trente plus vingt-six: il avait un visage calme le Guerrier Ottoman, des yeux lumineux de clarté, une épaule à l'angle absolument parfait. C'était le jour ou le reste de sa vie commençait.

Trente plus vingt-deux: mes parents avaient tenu le coup jusqu'à mon mariage. Maman pleurait trop mais qu'importe, elle était là et je tenais sa main dans la mienne. C'est ma soeur Mali qui la remplaça à mes côtés sous la hupa. J'avais 21 ans, 6 mois et 3 jours. J'étais tombée amoureuse du Guerrier Ottoman quelques mois auparavant, le jour ou il m'avait accompagnée à l'aéroport.

J'étais partie: j'avais décidée impulsivement de ne pas retourner en France et de faire ma vie en Israel. Toutes mes affaires étaient restées à Paris. Le jour ou je reçu un avis me signalant qu'un colis de 20 kilos m'attendait à l'aéroport pour être dédouané, je me dis que je n'allai pas traîner 20 kilos toute seule. Sur ma gauche un type de l'oulpan était assis. Alors je me souvins de lui.

Les trois figues: deux mois plus tôt, tout l'oulpan avait fait une promenade au Park Canada et je m'étais blessée en entrant dans une grotte. Plus tard une main se tendit vers moi et dit "c'est pour toi, je les ai ouvertes". Je mangeais les trois figues goulûment. Je me retournai, il avait disparu. Je m'étais souvenue de lui. Je me tournai vers lui dans la salle a manger pour lui demander de m'accompagner le lendemain à la douane.

Résumé: trente ans de vie commune ça ne se résume pas. Les mots me trahiraient. Ils seraient grotesques et communs. Les mots gâcheraient toute la beauté de la lumière et toute la fraîcheur de l'ombre.

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mercredi 21 mai 2008

Les films

Les films: j'ai regardé bout à bout "Lost in Translation" et "The Truman Show". Il ne manquait plus que "Billy Elliot" pour me faire fondre complètement. Ces films me touchent. Ils parlent d'une recherche identitaire constamment en péril, susceptible à tout moment de se désintégrer. Et pourtant le happy end attend les héros au tournant.

Lost in Translation: Les deux personnages principaux, Harry et Charlotte, ne se projettent pas l'un sur l'autre, c'est cela qui est étonnant dans cette histoire qui aurait pu sombrer dans la narration d'un adultère insipide entre deux personnes avec un manque à combler. Au contraire la réalisatrice a trouvé bien plus à faire partager aux héros: l'attachement, l'amitié, le respect, l'amour. Le mystère du dialogue, à la fin de "Lost in Translation" est fulgurant de génie.

The Truman Show: il y a dans ce film, un des moments cinématographiques le plus émouvant, lorsque le bateau de Truman perce le mur de l'énorme bulle / ventre ou il vit depuis 30 ans sans savoir qu'il est le héros d'un feuilleton télévisé. Ce moment est suivi par la confrontation corporelle de Truman avec cette paroi: il la touche d'abord puis il la frappe avec ses épaules, de tout son poids.

Billy Elliot: tout à la fin, le plan sur le dos de Billy adulte me coupe la respiration à chaque fois. L'adjectif "fulgurant", je l'ai déjà utilisé? Alors on va dire renversant. Au tout début je pleurais seulement à la fin du film, à ce moment la. Puis ça commençait des que le père et le frère de Billy débarquaient dans la capitale. Ensuite, quand Billy recevait sa réponse de l'académie de danse. Maintenant je prends mes mouchoirs et je me laisse aller carrément du début.


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mardi 6 mai 2008

Amour d'enfance

En seconde: j'étais très mauvaise en math et j'étais amoureuse. Un premier amour totalement éblouissant. Peut-etre que l'un expliquait l'autre.

La lecture: ce fut le grand amour de mon enfance. J'ai déjà parlé ici de mon premier livre, "oui oui aux pays des jouets" que ma grande soeur m'avait offert. A l'âge de 8 ans je lisais en secret sous ma couverture, comme toutes les mômes de mon âge. Ma lecture? Agent 007. Si je vous assure. Je les cachais sous mon lit et les dévorais avec engouement.

C'est curieux: je n'étais pas amoureuse de James Bond. C'est parce qu'à l'âge de 8 ans, j'avais déjà décidé qui était l'amour de ma vie. C'était un fait établi et ce n'était pas James au gadget électronique facile qui allait m'en éloigner.

Mon amour d'enfance: rien que d'y penser, j'en ai des frissons. C'est un grand secret. Même mes amies n'étaient pas au courant. L'amour de ma vie c'était ...

Michel Strogoff: aucun homme ne pouvait dépasser ce héros qui illuminait mon existence. Les traits slaves, les yeux bleus clairs, le cheveu blond, vibrant de force et vigueur sur son cheval à travers les steppes de la Siberie, il était l'emblème du courage, de la virilité et de la générosité.

Et aussi
: il avait pensé à sa mère au moment ou un sabre devait l'aveugler. Il avait pleuré et c'était les larmes qui avait sauvé ses yeux.

En fin de compte: je me suis mariée avec ce que j'ai trouvé de plus proche de Michel Strogoff. Il a vraiment la plupart de ses qualités, physiques et morales. Ce n'est pas donné à tout le monde d'épouser son amour d'enfance.


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dimanche 4 mai 2008

Le gibier

C'est reparti pour un tour: j'aimais bien mes petits mots concis sur "Clarifications".

Mes amies: j'ai toujours eu des amies. Il semble que je soie d'un caractère sociable. Je me souviens de toutes mes meilleures amies.

Mes meilleures amies: d'abord il y a eu Francoise. Nous étions ensemble à la maternelle et aussi les deux années de petite classe. C'est là ou on voit que je n'habite plus en France depuis plus de 30 ans. Je ne sais pas comment on dit aujourd'hui le cours primaire etc ...

la fin de Francoise: Elle était fille unique. Je l'ai perdue de vue quand je suis passée au programme bilingue. Je l'ai revue un jour, huit ans plus tard. Elle était très fine, très belle et je l'ai à peine reconnue à 14-15 ans. Elle m'a invitée à un week-end communautaire sponsorisé par sa paroisse. Je ne sais pas pourquoi, j'ai accepté. Nous avons passé une journée extraordinaire ensemble. Nous nous étions retrouvées tout naturellement. Quinze jours plus tard elle est morte dans un accident de moto.

Et si: dans ma tète je me repasse un film à l'envers.
- Non je suis désolée Francoise, je ne peux pas participer à une activité paroissiale. Tu sais bien que je suis juive. Mes parents seraient fous de rage ...
- Ah mais oui , ou avais-je la tète? Alors on se reverra une autre fois d'accord?
- D'accord Francoise , à bientôt.
- A bientôt Nathalie.

Une autre amie d'enfance: elle s'appelait Anne. Elle vivait dans une grande maison, juste en face de l'atelier (une fabrique à vrai dire qu'on appelait "l'atelier"). Dans sa salle à manger s'étalaient des meubles massifs. Dans son salon trônaient des divans de taffetas et des buffets en marqueterie. L'or et l'argent, le cuivre, le bronze étaient partout. Le père d'Anne avait son propre bureau, une bibliothèque ou il se retirait pour fumer le cigare. La cuisine était très grande emménagée d'instruments rutilants et mystérieux. Une fois je vis la bonne sortir du congélateur une moitié d'animal.
- Du gibier, me dit-on.
- Du quoi?
- Ton père ne chasse pas? Me demanda Anne.

Un autre monde: Anne et moi ne vivions pas exactement dans le même monde. Chez moi on mangeait devant la télé, mon père avec les mains pour aller plus vite. Maman aurait tout donner pour vivre au même standing que les parents d'Anne, non pas qu'elle ait été attirée par le luxe, l'argent. Non, elle était attirée tout simplement par la beauté.

La différence: ce qui me fascinait énormément chez mes petites amies, c'était le fait que parfois, un monsieur ou une dame venait les chercher à la fin de la journée, à la maternelle. Francoise et Anne couraient vers cette personne et l'embrassaient. Elles étaient toute contentes. Elles partaient chez elle, avec la main de cette personne dans leur main. Au début, quand Francoise m'a dit "pépé vient me chercher", je ne pensais rien. C'était un peu comme le gibier dans le congélateur. Quelque chose n'était pas net. Je savais bien que je devais avoir l'équivalent, quelque part, dans mon monde. Mais ou?

Toute ma vie: j'ai dévisagé dans la rue les hommes âgés. Je le fais encore.


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lundi 28 avril 2008

Bratislava - suite

Martin parle bien l'anglais. Il est toujours enjoué. Il sait parler de tout: c'est un diplomate né: je devrais le recommander à un de mes proches qui est dans le business. Il a l'air d'un jeune homme tout simple, qui ne casse rien, mais avant que vous en soyez consciente, il vous a manipulée. Mais on ne dit pas manipuler, ce n'est pas gentil. Il vous a ensorcelée.

Cet été Martin revient pour participer à un congrès de jeunes diplomates en Israel. Chaque pays avec une communauté juive a choisi un représentant. Et c'est Martin, avec sa chemise de tricot jaune et ses shorts verts turquoise qui a été choisi par la Slovaquie.

Je l'aime bien Martin. Il a exactement l'âge de mon fils le prince ottoman. D'ailleurs tous deux sont un peu sortis en ville et on beaucoup bavardé sur le balcon pendant que le prince ottoman jouait de la guitare tout en fumant ses Camels.
Martin ce n'est pas le genre à fumer, boire ou à tirer sur un joint. Sa mère a du le trouver dans une pochette surprise qui datait des années 50.

La maman de Martin: elle est prof de slovaque. Elle a grandi dans le palace presidentiel de Brastilava car son papa en était l'administrateur. En plus du slovaque elle parle couramment le hongrois, le russe et l'allemand. Le russe pour moi, niet, ya nieznayou. Le hongrois? Oui je veux bien avec Ralph Fienes en bonus avec la même tête d'amoureux transi qu'il trimbale dans "The English Patient". L'allemand? Voyons voyons ... l'allemand ... Et bien oui, y'a pas le choix: je lui parle en allemand. Au début c'est comique car j'ai tout oublié. Et puis ensuite je commence à me souvenir des mots, des verbes, c'est fabuleux.

Quand Martin et Eva sont repartis après un séjour d'une semaine chez nous, Martin avait les joues pas rasées et cela grattait. J'avais le coeur qui partait en mille morceaux. J'ai embrassé Eva bien fort. Je lui ai promis que nous viendrons à Brastislava dès que possible. Le taxi a démarré et puis je me suis mise à pleurer. Les larmes c'est fait pour dire qu'on aime, mais dans un langage secret dont tout le monde maitrise la grammaire et le vocabulaire.

Copyright & copy - Nathalie R. Klein © 2008